samedi 23 avril 2016

Surabaya

Pourquoi suis-je allée à Surabaya? Une question que je me suis posé tout le long de mon séjour dans cette ville de fous. Reprenons les choses depuis le début....

Si vous passez moins de 30 jours en Indonésie le visa d'entrée est gratuit (dépasser les 30 jours c'est une amende 20 chf par jour). En revanche, si vous comptez rester plus longtemps, il faut faire un visa renouvelable (une seule fois) qui se paye à l'arrivée (35 US$). Il faut alors faire une demande d'extension auprès des services d'immigration environ 10 jours avant la date d'expiration. Vous aurez alors le droit de rester encore 30 jours. La plupart des gens qui ne souhaitent pas s'enquiquiner avec ces formalités font le visa gratuit puis prennent un vol aller-retour pour Singapour (la grande ville la plus proche) pour pouvoir revenir sur le territoire avec un nouveau visa gratuit de 30 jours. Pour moi, il était hors de question de polluer autant juste pour un visa... J'ai donc décidé de le renouveler et tant pis si ça prenait plus de temps, si ça coûtait plus cher où si c'était compliqué! En effet, ça l'est... la plupart des gens payent des agences pour le faire à leurs place. J'ai personnellent décidé de faire les démarches moi-même car dans un premier temps, cela coûte beaucoup moins cher (350 000 rp pour la solution "débrouille" contre 700 000 rp ou plus pour la solution "assisté") et, dans un second, c'est bien la meilleure façon de connaître un pays que d'avoir affaire à ses administrations. À Bali, cela prenait 10 jours! (Oui car il faut venir une première fois,  puis revenir pour se faire tirer le portrait puis encore revenir pour récupérer son passeport). Après quelques recherches sur internet, j'ai vu qu'à Surabaya le délai d'extension ne durant que 4 jours environ (la ville est peu touristique et donc moins submergées par les demandes). En sachant que Surabaya est un bon point de départ pour aller visiter le mont Bromo je me suis dit "go"!

Après y être arrivée... je me suis directement rendue au bureau de l'immigration. Je n'avais pas oublié de mettre un pantalon et un léger pull à manches longues pour l'occasion (dans les administrations gouvernementales il faut bien s'habiller pour être pris au sérieux). Une fois entrée dans le bureau, tout le monde me dévisageait... Une fois les papiers remplis, le type de l'immigration m'annonce qu'il faut revenir le lundi pour la photo et repasser mardi chercher le passeport... on était mercredi! "J'avais pourtant lu 4 jours sur internet!" Eh ben, le bureau est fermé le samedi et dimanche... Je me suis fait avoir! "Bon bah zut, je vais rester coincée 7 jours dans cette ville... espérons au moins qu'il y aura des choses chouettes à faire". Je n'allais pas être déçue!

Une fois sortie du bureau, j'ai pris mon premier bemo (il y en a très peu à Bali) pour rejoindre mon hôtel. Une petite dame assise en face de moi avait tellement de la peine à me voir voyager seule avec mon gros sac qu'elle a insisté pour me payer le trajet. Je ne voulais pas accepter car le prix était dérisoire pour moi (à peine 40 cts) mais ça lui tenait tellement à coeur que je l'ai laissé faire. Quelle gentille dame! Sa générosité m'a fait bien plaisir alors que je commençais déjà à trouver cette ville un peu grise.

Surabaya est la deuxième ville et le premier port du pays... dois-je vous faire un dessin pour vous expliquer le genre d'endroit que c'est? Pollué, bruyant et agité. Une vraie jungle! Qui plus est, la ville est très peu tournée vers le tourisme. Ses activités sont d'avantage centrées sur le commerce et les industries, ce que j'ai compris dès l'instant où je suis arrivée dans mon hôtel: les réceptionnistes parlaient très mal l'anglais et mes compagnons de chambrée étaient quasiment tous des Indonésiens venus pour le travail. À ce propos, je promet de ne plus jamais râler contre quelqu'un qui fait du bruit dans un dortoir car après en avoir tester un avec des Indonésiens (qui font la prière dans leurs lits et chantent à 5h du matin après avoir tapé la discussion à haute voix avec les copains / copines) mon seuil de tolérance est passé à un niveau supérieur. "Mais qu'est ce que je fou là, sérieusement ?".

Le dortoir dans mon hôtel: un peu froid mais propre (et au milieu c'est mon sac à dos!).
Ma première balade dans la ville n'a fait que confirmer le fait qu'aucun touriste ne mettait les pieds ici... tout le monde me regardait. Assez gênée, j'essayais d'être détendue, de garder le sourire tout en faisant fi des innombrables "hello Mister" lancée par les Indonésiens. (Va savoir pourquoi ils ne connaissent pas le féminin de "Mister".)

Autre particularité de la ville, la densité de son trafic et le manque d'infrastructure piétonne (il n'y a pas de trottoirs et, s'il y en a, ils sont dans un piteux état). Le problème se pose également à Bali et dans d'autres villes du pays mais ici, du fait de l'importante taille de la ville, c'est le paroxysme. Au départ, j'ai naïvement pensé que j'allais pouvoir me balader! Mouais... J'en rigole encore doucement car, en réalité, marcher dans cette ville relève de l'exploit ou... du suicide! "Ahhh! C'est pour ca que personne ne marche ici???" Il ne faut pas être impatient pour traverser les rues car les automobilistes se fichent pas mal des passages piétons (quand il y en a) et... des piétons (je me demande même si le mot "piéton" existe en Bahasa Indonesia). Personne ne s'arrête... et regarder les automobilistes avec un air désespéré du genre "je suis une pauvre âme innocente qui attend depuis 10 minutes pour traverser" n'y changera rien. Il faut donc attendre ce moment bien précis durant lequel il n'y aura juste pas assez de voiture ou de scooter pour se faufiler (parce qu'il n'y aura jamais un seul moment où il n'y aura rien... ça il faut en être certain). Ratez ce moment et vous êtes bons pour attendre 10 autres minutes. Et que dire des voitures qui passent au rouge? Comme si le code de la route n'existait pas! C'est tout bonnement surréaliste.

Une rue encombrée  de Surabaya... mais pas la pire.
Bref, l'anti-voiture que je suis a reçu un gros coup dans la figure. En fait, c'est la militante écolo toute entière qui a été comme jetée du haut d'une falaise car ici l'écologie n'est même pas encore arrivé au stade du concept... il n'y a qu'à voir le plastique: omniprésent. Bref, j'ai souffert un peu (beaucoup!) mais j'ai essayé de prendre sur moi.

Mon instinct de survie m'a poussé à faire comme les locaux: me réfugier dans les centres commerciaux, seuls endroits où la marche à pied est possible et où la chaleur suffocante de la ville n'est plus qu'un lointain souvenir. J'ai ainsi flâné dans le Central Plaza ou le gargantuesque Tunjungan Plaza, l'un des plus grands centre commerciaux d'Asie.
Le Tunjungan Plaza... Mon refuge doré.
Mon besoin de découverte m'a tout de même donné envie d'explorer la ville. Je me suis donc "baladé" (pour faire court; car sinon je dirais plutôt "zigzaguer entre les voitures et les vendeurs ambulants"). J'ai visité le "Monument des héros" et la "House of Sampoerna", première fabrique de kretek du pays. La kretek (en roulant le "r" s'il vous plaît) est la cigarette nationale, constituée de 50% de tabac et de 50% de clou de girofle. Sachant que les Indonésiens fument tous comme des pompiers, je me suis dit que c'était quand même quelque chose à voir. J'ai été guidée dans le musée par une indonésienne anglophone ("MERCI, quelqu'un avec qui je peux communiquer!"). Elle n'avait jamais fumé de kretek ce qui me laissait dubitative lorsqu'elle me vantait les mérites de la fameuse marque... mais les femmes ne fument pas ici. Elle m'a ensuite accompagnée au deuxième étage du musée, depuis lequel j'ai pu voir des centaines d'ouvrières entrain de rouler du papier fin et empaqueter à la main cet or brun et parfumé. Leurs mouvements rapides et précis m'ont hypnotisée pendant plusieurs minutes...
La kretek "234". THE original.
Un bateau en clous de girofle.
Le Tugu Pahlawan ou "Monument des héros". Symbole de Surabaya et de la résistance indonésienne pendant la seconde guerre mondiale.  
Toutefois, le point fort de mon séjour à Surabaya demeure incontestablement la visite du mont Bromo. Situé à 3h de route et culminant à 2400 mètres d'altitude, ce volcan suscite la fascination des touristes et des habitants vivant aux alentours. Ces derniers, qui ont conservé à l'instar des balinais leurs religion hindouistes (ce qui est rare sur l'île de Java), considèrent le mont Bromo comme sacré. En effet, il est non seulement une demeure pour les dieux mais également le lieu de naissance du dieu créateur Brahma (rien que ça!) ce qui explique la présence du temple au pied du cratère. Des cérémonies s'organisent parfois et des offrandes y sont alors jetées telles que des bonbons, des fleurs mais également des chèvres, des poules et tout et tout!
Le temple et le Mont Bromo en toile de fond.
Pour faire le trajet je me suis incrustée avec un groupe d'anglaises... c'est toujours plus fun et moins cher à plusieurs. Une fois sur le site, la poussière volcanique et la lave offraient un paysage lunaire absolument incroyable mais je dois avouer que je n'étais vraiment pas rassurée. Le volcan étant très actif (son ascension est parfois interdite) je ne me suis pas sentie très en sécurité après avoir gravi les marches qui me menaient au bord du cratère. Celui-ci faisait un bruit monstrueux (vous pourrez le constater sur la vidéo) et j'avais l'impression qu'il pouvait me péter à la figure à tout moment (même le guide n'était pas rassuré). J'ai donc juste pris le temps de faire quelques photos avant de rapidement redescendre. Petit moment d'angoisse...

Les trois anglaises et moi.
Vue du Bromo (à gauche d'où sort la fumée) et du mont Batok (le cône à droite) depuis le mont Penanjakan.
Vue depuis le haut du cratère sur la mer de poussière.
Les marches pour monter au cratère. 
Le lendemain, je suis allée voir un spectacle de rue gratuit. Il s'agissait de Reog, une danse de transe javanaise au cours de laquelle des jeunes hommes démontrent leurs force physique. J'ai filmé le plus jeune des danseurs et ses prouesses... trop chou!!! C'était une super expérience tout à fait authentique (avec un public composé à 100% de famille indonésiennes).


Pour conclure, il est vrai que je n'ai pas vanté les mérites de la ville de Surabaya dans cet article mais dans le fonds je ne regrette pas d'y être restée quelques jours car... c'est aussi ça l'Indonésie: des villes anarchiques sans aucune logique urbanistique, de la pollution, du bruit, des odeurs, etc. Et si je voyage pour en prendre plein la vue, je suis aussi là pour voir comment les gens vivent dans des environnements différents du mien. Surabaya, c'est le quotidien de plus de 3 mio d'habitant (et 5.6 mio si l'on compte la métropole urbaine). En comparaison, la Nouvelle-Zélande, compte au total 4 mio d'habitants!). N'est-ce pas donc pas une excellente manière d'appréhender le pays et ses habitants? Des habitants qui, malgré la grise mine de leur ville un peu morne, aiment cet endroit et gardent le sourire et le coeur ouvert aux rares touristes de passage.


samedi 9 avril 2016

10 jours à Canggu

Après deux mois de baroudage en Nouvelle-Zélande et deux semaines de visite autour de Bali, j'ai décidé de m'accorder un repos bien mérité en restant plus de 4 jours au même endroit (exploit!). Je pensais être capable de tenir le rythme mais voir chaque jour de nouvelles choses, de nouvelles têtes (et l'incessante question qui va avec: "where are you from?) d'assimiler de nouvelles informations... ça fatigue énormément le cerveau mine de rien! J'ai donc calmé quelque peu ma soif de découverte pour m'installer une dizaine de jours à Canggu au nord de Kuta, Legian et Seminyak. L'arrondissement de Canggu est le lieu idéal pour se poser: on y trouve de très bon spots de surf avec de belles vagues (idéal pour débuter) et la plage est beaucoup moins polluée et fréquentée que ses voisines du sud. De plus, on est plutôt au calme, les rues sont aérées et proches des rizières. Pour couronner le tout, Canggu compte de (très) bons restaurants dont pas mal de végétariens et même végétaliens, des bars et des hôtels sympas qui contentent toutes les bourses. Bref, pour une petite semaine de repos, je recommande vivement cet endroit.
Rizières à 5 minutes à vélo depuis mon auberge.
Néanmoins, la principale raison de ma venue à cet endroit est... Serenity. Une école de yoga comportant une eco-guesthouse et un restaurant healthy. Une fois arrivée je me suis donc empressée d'acheter le pass pour 7 jours de cours illimités (700 000 rp, soit environ 50 chf, c'est franchement raisonnable). Malheureusement, leurs chambres étant complètes, j'ai du séjourner dans une auberge de jeunesse un peu plus loin, la "Monkey House". L'établissement appartient à une très gentille indonésienne d'origine javanaise qui s'est associée à Ari, une surfeuse-osthéopathe catalane tombée amoureuse de l'endroit.

Pour le premier cours de yoga, je me suis inscrite pour du "Restorative yoga". Je n'avais aucune idée de ce que c'était mais jétais extrêmement motivée et me réjouissais de pouvoir bouger un peu...



Ben... raté! Pour ceux qui ne connaissent pas le "Restorative yoga", c'est une pratique qui permet de calmer l'esprit et de détendre le corps. Pour ce faire, on utilise des supports pour se poser confortablement dans des positions que l'on garde pendant 10 à 15 minutes afin de libérer les tensions que l'on pourrait ressentir. Bref, pour l'aspect dépense physique on repassera... et pour la détente de l'esprit alors? Disons que Bali jouit d'un super climat toute l'année, par conséquent, la salle de classe est ouverte sur l'extérieur. C'est très joli mais si vous ajoutez à cela le fait que le cours se déroule à 18h: "Bonjour les moustiques et autre bébêtes volantes très moches"! C'est clair que si j'étais un moustique je n'hésiterai pas... les gens qui méditent et qui ne bouge pas c'est un véritable "All you can eat". Donc, évidemment, j'étais incapable de me concentrer en essayant de me retenir de ne pas donner de violents coup de main pour chasser les coléoptères qui venait me chatouiller la nuque et les jambes... "Concentre toi sur ta respiration". J'ai essayé de le faire à un moment avec un moustique qui me piquait la joue en essayant de ne pas y penser, j'ai franchement regretté à la fin du cours. Grrrrr!  Ça gratte!

Que vous sachiez, cela ne m'a pas dégoûté du "Restorative yoga", au contraire... J'ai été tellement frustrée d'être passé à côté du cours que je me suis réinscrite le jour suivant... à 14h!!!

En plus du yoga, j'ai consacré pas mal de temps à faire du surf. Au début de mon séjour, j'avais envie de faire un cours avec un prof pour consolider ce que je savais (pas grand chose pour être franche, cela faisait moins d'un an que je pratiquais ce sport). J'ai proposé à une suisse allemande complètement débutante de se joindre à moi... Elle était motivée.

Sur la plage, la plupart des Indonésiens qui louent les planches de surf proposent des cours pour 350 000 rp / personne avec un prof par personne. Avec nos grands sourires, nous avons pu les négocier pour 100 000 de moins (je précise que 350 000 rp est le prix normal et que, surtout en haute saison, vous pouvez oublier de négocier un cours à 250 000). Après quelques explications succinctes et peu utiles, direction la grande piscine salée! Le cours était sympa mais sans plus car à part nous pousser dans les vagues et nous gueuler "up" au moment opportun, les mecs n'étaient pas d'une très grande utilité. La Suisse allemande qui m'accompagnait était contente car elle avait réussit à se mettre debout mais personnellement j'attendais un peu plus d'informations techniques et de conseils de leurs part. Bref, les profs sur la plage... pourquoi pas si c'est votre première fois mais sinon bof bof.

Du coup les jours suivants j'ai décidé d'y aller seule... et c'était super! J'ai pu faire de bons take-off et même quelques changements de direction! Youpi!
En mode "conquérante des mers".
Par contre, la mer était toujours très calme et il y avait beaucoup d'attente entre les vagues. Du coup, lorsqu'un matin, un surfeur dans mon auberge m'a dit: "si tu veux des vagues, c'est maintenant!" Ni une, ni deux, j'ai enfourché mon vélo direction la plage pour louer une planche et en profiter! Mais j'ai vite déchanté: il y en avait effectivement beaucoup... trop! Et en plus elles étaient énoooormes! Vous êtes déjà entré dans une machine à laver en marche...? Moi oui! Lorsque j'ai vu cette immense vague arriver derrière moi et que j'ai eu envie de la tenter quand même. Je me suis mise à ramer pour essayer de la prendre mais malheureusement elle a commencé à méchamment se creuser et à m'aspirer vers le haut, la pente était devenue trop raide... impossible à contrôler. J'ai piqué du nez vers l'avant et là... je ne pouvais plus rien faire à part attendre que ça passe. La vague m'a bouffé, digéré et tout le reste, une boucherie. C'est là que j'ai compris que le surf est non seulement un sport difficile mais aussi dangereux. Quoi qu'il en soit, après plusieurs douloureuses tentatives (un coup d'aileron de surf sur le bras, ça fait "aïe") je me suis décidé à retourner sur la plage et à faire une bonne grosse pause de surf... en fait, je n'en ai pas refait après car mon séjour touchait presque à sa fin. Je n'étais restée que 1h-1h30 dans l'eau mais j'étais exténuée. Ça m'apprendra à faire ma maligne!
Le coup d'aileron dix jours après...
À ce moment là, je me suis faite une réflexion existentielle : certain pense que le surf est un sport sexy... En effet, si l'on considère que c'est sexy d'avoir du sable collé partout (oui, absolument partout), des coups de soleil sur les fesses et les mollets (et nulle part ailleurs), le maillot de bain de travers, les cheveux emmêlés dans tout les sens, les yeux rouges ainsi que de l'eau de mer qui peut sortir de nos oreilles ou de nos narines à tout moment dans les 24h (oui oui, je vous jure c'est incroyable ce que l'on peut stocker là dedans! Pensez-y si vous avez besoin de passer du liquide dans un aéroport) alors oui c'est un sport incroyablement sexy! En tout cas, je vous raconte pas à quoi je ressemblais après la session "machine à laver", c'était loin d'être du propre!

Quoi qu'il en soit, le lendemain, je suis quand même retourné sur la plage pour m'y reposer un moment sans me baigner. Alors que je regardais attentivement les vagues dans une pose méditative, deux balinais sont venus m'aborder avec des lunettes de soleil dans les mains. J'allais gentillement refuser, pensant qu'il s'agissait de vendeurs ambulants comme on en trouve pleiiiin sur les plages, mais l'un d'eux a pris la parole avant que je ne formule mon refus: "Nous avons un client en Corée du sud qui réalise ces lunettes de soleil et nous cherchons un modèle pour poser avec (ah ouais j'avais pas vu qu'il avait un immense appareil photo dans ses mains!). Nous réaliserons des affiches publicitaires par la suite. Seriez vous d'accord de poser pour nous?" Et voilà comment je suis devenue mannequin en Corée! Par contre, j'aurai adoré partager ces photos avec vous mais je suis sûre qu'ils n'ont pas réussit à comprendre mon écriture lorsque je leur ait donné mon adresse e-mail: je n'ai toujours rien reçu.

L'un de mes rituels préféré pendant ces 10 jours à été d'aller voir le coucher de soleil. Les balinais comme les touristes se réunissent cérémonisement sur les plages pour ce magnifique et poétique spectacle, chaque jour différent... un enchantement! Comment ne pas aimer un endroit où la nature se donne à voir si facilement et généreusement?

Dernier couché de soleil avant le départ. 
Coucher de soleil post-surf. 

C'est avec l'esprit plus clair, les piles à bloc et la mémoire chargée de belles images et de souvenir que j'ai quitté Bali le 6 avril pour me rendre à Surabaya, deuxième plus grande ville du pays... une ambiance bien bien différente.




dimanche 28 février 2016

Rotorua

À Rotorua j'ai retrouvé Christopher qui vit en Nouvelle-Zélande depuis deux ans. Au départ, il était parti comme moi: à l'aventure, avec un sac sur le dos et avec la probable intention de rentrer au pays. Mais Cupidon en a décidé autrement! Ce coquin de bébé ailé hermaphrodite nu (je le décrit bien hein?) l'a amené à Cromwell où le jeune voyageur a rencontré Jennifer, une chilienne. Cette dernière était également partie sans imaginer qu'elle s'installerait ad eternam chez les kiwis. Aujourd'hui, ils sont mariés (depuis le 5 mars, youhou, félicitation!). 

Au départ, l'histoire n'était pourtant pas simple car les deux tourtereaux ne parlaient pas les même langues; pour Jennifer, c'était l'espagnol et pour Christopher, le français et l'anglais. Cela n'a pas découragé le jeune homme qui rêvait depuis longtemps d'apprendre la langue de Cervantes (à noter qu'il avait commencé à le baraguiner un peu lors d'un voyage en Amérique Latine). Ils ont donc discuté, discuté et discuté encore... jusqu'à ce que Christopher devienne parfaitement trilingue. Aujourd'hui, c'est donc en espagnol qu'ils communiquent au quotidien.

À mon arrivée à Rotoura, il était prévu que Christopher vienne me chercher après son travail. Mon bus étant arrivé bien avant qu'il ne termine, j'ai décidé de visiter le Rotoura Museum en l'attendant. Situé dans le "Government Garden", un magnifique jardin aménagé à la française, le musée prend place dans le bâtiment qui aceuillait autrefois les bains thermaux de la ville, la "Bath house". De style "Elisabetan Tudor", sa façade c'est l'un des édifices les plus photographiés de Nouvelle-Zélande... ce qui est parfaitement compréhensible!

"Government Garden" et la "Bath House".

Construit en 1908 pour accueillir des touristes venus du monde entier pour y faire des cures thérapeutiques, l'édifice est le premier investissement majeur du pays dans l'industrie du tourisme. Il faut dire que l'endroit a beaucoup de potentiel mais pour comprendre pourquoi, il faut mettre les choses dans leurs contextes...

L'île du nord se situe à proximité de "la ceinture de feu du pacifique", là où les plaques indo-australiennes et pacifiques se rencontrent. Les plaques entrent en collision, chauffant la roche et créant des chambres de magma qui chauffent les nappes phréatiques et peuvent parfois exploser sous forme de volcan. De ce fait, la ville de Rotoura se situe dans une région extrêmement active. Pour etre plus claire... la ville est située SUR un volcan GÉANT (les obsédés de l'insécurité devraient y faire un tour pour se faire une vraie idée de la notion). D'ailleurs son lac, du même nom, est une caldera formée par l'éruption d'un volcan... il y a bien longtemps. Quoi qu'il en soit, pas besoin d'être Einstein pour se rendre compte que Rotorua est située au coeur d'une zone géothermique: il suffit simplement d'ouvrir ses yeux, pour voir un peu partout des fumerolles de vapeurs s'échapper des fissures et flotter au dessus des jardins de certaines rues; et ses narines, pour sentir cette odeur de souffre un peu partout (il y en que ça dérange mais moi j'aime bien cette odeur, ça me donne envie de manger de l'omelette :P).

En gros, voilà pourquoi un tel lieu ne pouvait que se prêter à l'ouverture d'un immense centre thermal tel que la "Bath house". Heureusement, une partie du musée a conservé les anciens bassins et s'attache à expliquer aux visiteurs les différentes cures qui y étaient proposées.

Une autre partie du musée est consacrée aux tribus maori Te Awara qui comptent les descendants directs du groupe de polynésien svenu coloniser en premier la nouvelle Zélande avec le canoë nommé "Arawa". La tribu est basée autour de Rotorua et de Bay of Plenty.

Toujours dans le musée, une exposition permanente est dédiée à l'éruption volcanique la plus destructrice de l'histoire du pays. Cest aussi la dernière car elle remonte à 1886. Elle fut très brève mais extrêmement violente car le volcan (nommé "Mont Tarawera") s'est littéralement ouvert en deux créant une immense faille coûtant la vie à 120 personnes se trouvant dans le village "Te Wairoa". Une partie des victimes étaient des touristes qui se rendaient dans la région pour voir la "8e merveille" du monde: les "Pink terrasse" (des terrasses en silices de couleurs rosées). Celles-ci ont été complètement détruites par l'éruption et submergées par les eaux du lac voisin qui s'est considérablement agrandi avec l'éruption. Le village, enseveli sous une couche épaisse de cendre est désormais connu sous le nom de "Burried Village" et peut être visité. Un fait bien curieux dans ce drame c'est qu'un Maori tohunga (un prêtre) avait vu, dix jours avant le désastre, un canoë fantôme lui annonçant l'événement.

Bref, très instructif ce musée. Je le recommande vivement (ne laissez pas les 25$ d'entrée vous décourager)!
Les "Pink Terrasse " avant l'éruption de 1886.

Après la visite, Christopher est venu me chercher pour m'amener chez lui, au "Lake Ranch". Un endroit absolument charmant dirigé par Ross et sa femme qui s'occupent d'encadrer des groupes venus y passer des vacances. Le ranch propose principalement des activités équestres mais dispose également de terrains de tennis, de piscines, d'une petite ferme (avec des cochons, des poules, des dindes et même un âne) et d'un petit lac où l'on peut faire du kayak. Bref, l'endroit est un petit paradis et, alors que je ne comptais y rester que deux jours, j'y suis restée cinq.
Vue sur le lac du ranch depuis la maisonnette de Christopher
Chez Paul et Uria.
Autour de cette infrastructure, des petites mains travaillent pour faire en sorte que tout fonctionne... Jennifer fait partie de ce personnel et s'occupe de tout ce qui touche aux repas (elle fait les courses, prépare les plats et assure le service). En échange de ce travail colossal (que Jennifer a franchement du mal à gérer seule) elle est logée dans une toute petite maison constituée d'une seule pièce et d'une salle de bain. Aux vues de l'exiguité de l'endroit, le couple a demandé aux voisins, Paul et Uria, de m'héberger. Christopher n'a pas eu besoin d'insister beaucoup car Paul et Uria étaient plus que ravis de m'accueillir chez eux. Ce couple de maori travaille également au Lake Ranch, Paul s'occupe de l'accueil des jeunes et Uria aide Jennifer à la cuisine en cas de gros rush. Ce sont des gens adorable qui m'ont fait me sentir comme chez moi. Sans se rendre compte, ils forment une paire assez comique. Paul aime bien taquiner les gens et il est aussi très critique envers les kiwis; "stupid kiwis" est une de ses phrases préférée... Ils ne savent pas faire la fête, ne savent pas faire à manger, ne savent pas... faire grand chose. Et Uria le reprend sans cesse "don't be so silly Paul". Même si dans le fond, il est clair qu'elle est un peu d'accord. Il faut dire que, même si les choses tendent à s'améliorer, il existe encore beaucoup d'inégalités entre les maoris et les pakehas. Dans l'immense majorité des cas, les maoris sont situés en bas de l'échelle sociale et rencontrent pas mal de difficultés à s'intégrer notamment au niveau politique.
Christopher et Jenny (à droite), Paul et Uria (à gauche) et Connie, la soeur de Jenny (au centre).

J'ai oublié de préciser que je n'étais pas l'unique invité du couple. La cousine, la soeur et la nièce de Jennifer y étaient accueillis au ranch pendant 2-3 mois. Elles ont considérablement  aidé Jennifer à faire la cuisine (quoi que parfois les jeunes filles, en pleine puberté, étaient parfois davantage préoccupées par les jeunes maoris venant y passer des vacances que par les casseroles... Ce qui avait le don d'irriter considérablement notre  cheffe cuisinière!).
Moi et les supers nanas!
Quoi qu'il en soit... Après avoir passé une excellente nuit (pour la première fois depuis 14 jours, je dormais seule, sans odeurs de pieds, sans ronflements, sans lampe de poche à 2h du mat' et sans réveil qui sonne à 7h. ALLÉLUIA!), je suis allée en ville pour faire une marche autour du lac de Rotorua. Pour commencer, je suis arrivée, totalement par hasard, devant la "Te papaiouru marae" située dans le quartier maori "Ohinemutu". Cet endroit a été une superbe découverte! Immaginez, un village maori (et pas une bêtise touristique non! Un vrai village avec des gens qui y vivent et tout!) offrant une vue imprenable sur le lac avec ses maisons, son cimetière et sa salle de réunion... Et pour couronner le tout, la St. Faith Anglican Church: un vrai exemple de ce que peut être un mélange de deux cultures. Il s'agit d'une église entièrement décorée dans le style maori (gravure sur bois, panneau à décors géométriques tressés, etc.) dans le respect de la litturgie chrétienne. Le meilleur exemple de cet étrange mélange se situe à droite du coeur de l'édifice; en transparence sur une fenêtre on peut voir un christ marchant sur le lac et... habillé d'un manteau maori)!!! Il faut être à la mode pour gagner le coeur des gens... il a tout compris J-C!

La maison de réunion de Ohinemutu.
St. Faith Anglican Church.
La nef principale de St. Faith.
Le Christ maori
Après la découverte de ce trésor caché, j'ai marché jusqu'à la Sulfur bay, une zone très intéressante d'un point de vue géothermique. J'y ai vu des plantes très curieuses qui ont évolué de sorte à pouvoir vivre dans ces conditions ainsi que des oiseaux venus chercher de la nourriture dans la baie. On y trouve également des "maori warden" qui vous arrêtent pour vous dire de changer d'itinéraire. Euh ouais... deux d'entre eux m'ont interpellée un peu paniqués pour me dire que je me dirigeais dans une zone très dangereuse de la Sulphur Bay... je me suis donc gentillement écartée du chemin tout en me disant que le sentier de randonnée était bien balisé et que je n'avais pas du me tromper. Quand ils sont partis, j'ai re-jeté un bref coup d'oeil à mon plan du secteur et, convaincue que j'étais sur le bon chemin, j'ai discrètement rejoint le sentier à nouveau. Et je ne m'étais pas trompée car j'y ai croisé des randonneurs et même des gens qui s'était écartés de la zone balisée pour observer les formations de souffre de plus près (alors que des avertissements ornent le bord des sentiers un peu partout). Bref, j'ai pas trop compris...
La Sulphur Bay.
Les sols fumant qui bordent la Sulphur Bay.

Le lendemain, je suis allée au marché où j'ai pu m'acheter un "hangi". Il s'agit d'un plat traditionnel maori qui combine une viande (le plus souvent de la volaille) avec des pommes de terres, du kumara (patate douce) et des herbes. Le hangi est aussi associé à une méthode de cuisson qui consiste à cuir les aliments à l'étouffé dans un trou creusé dans le sol. Pour un premier essai c'était plutôt pas mal... par contre le pain frit qui accompagnait mon plat (une autre specialité maori semble t-il) était beaucoup moins léger et raffiné. Heureusement, les oiseaux se sont chargés de me filer un coup de bec. Pour digérer, je suis allée me promener au Kuirau Park où l'on trouve des mares d'eau chaude aux couleurs incroyables.
Yummy Hangi; avec une présentation est un peu lacunaire je dois avouer. (Et par pitié, pardonnez-moi pour le sac plastique mais ça coulait de partout!!!)
Magnifique mare colorée.

Le ranch est situé tout près des "Hells Gate", le parc géothermal le plus actif de Rotoura. De part cette proximité, il ne fallait absolument pas que je le rate. Franchement, l'entrée est un peu chère (à l'instar de tous les autres parcs de ce genre dans la region) mais ça vaut vraiment le coup! On se croirait dans un autre monde: volcan dans lequel la boue mijote (l'eau est si chaude que la boue est déjà sèche en sortant), petits lacs acides aux belles couleurs, sols recouverts de cristaux de souffre, bassins d'eau bouillante... absolument fascinant! On y trouve aussi  le seule complexe de bain de boue de Nouvelle-Zélande (mais attention,  il faut payer un supplément). D'après la légende maori,  une princesse se suicida après une querelle domestique dans l'une de ces mares qui porte désormais le nom de la jeunes maoris, "Huritini" (je commence à penser que les maoris aiment bien les histoires dans lesquelles les gens se suicident, cf: la légende du Mount de Tauranga). En sachant que les maoris vivant à cet endroit mettaient leurs aliments dans ces mares pour les faire cuire, je vous laisse imaginer la scène (ou pas...).
Ce volcan boueux est actif et entre en éruption toutes les sept semaines.
"Les portes de l'enfer" portent décidément bien leurs noms.
Vous prendrez bien un bain de boue à 110°C?
Jolies cristaux de souffre proche de la "gueule du diable".

Il y aurait encore beaucoup à dire sur cet endroit très riche et sur ces superbes journées que j'y ai passé... Malheureusement j'ai du retard sur mes articles et je vais m'arrêter là.  Je voulais cependant conclure tout ça en remerciant très chaleureusement Christopher et Jennifer pour leur super accueil. Je leur souhaite par ailleurs tout le meilleur pour leur nouvelle vie de couple marié. Je souhaite également exprimer toute ma gratitude à Paul et Uria qui sont des gens absolument charmants et qui m'ont reçue avec le coeur sur la main. À tout ce beau monde: un grand merci!